Simon Starling
invité par Julieta Gonzalez

 
  photo: Blaise Adilon [2]

«Work in progress: Particle Projection (Loop)», 2007 [1]
(«Oeuvre en progrès: projection de particule (en boucle)»)
Projection 35mm
6 impressions argentiques, dimensions 78.7 x 61 cm
Vitrine, tréteaux en acier, dimensions 81.3 x 99.1 x 223.5 cm
Courtesy Neuger Riemschneider, Berlin.
Avec le soutien du British Council

« One Ton, II », 2005 [2]
5 tirages au platine réalisés manuellement, représentant une vue de la mine anglo-américaine
Platinum Corporation située à Potgieterus, Afrique du Sud. Ces tirages ont été réalisés en utilisant
la totalité des sels de métal dérivés du platine produits par une tonne de minerai.
Dimensions 65x85 cm chacune
Courtesy de l’artiste et The Modern Institut / Toby Webster Ltd, Glasgow.

 

SIMON STARLING
né en 1967 à Epsom, Royaume Uni vit et travaille à Glasgow et Berlin
Simon Starling est fasciné par les mécanismes mis en oeuvre pour transformer une substance en une autre. Objets, installations ou voyages traversent un projet dont les idées vont de la nature à la technologie en passant par les sciences économiques. Manifestations physiques de processus longuement pensés, les travaux de Simon Starling relèvent de l’aventure incongrue d’objets qui subissent de multiples déplacements et rapprochements inattendus.

JULIETA GONZALEZ
née en 1968 à Caracas, Venezuela vit et travaille à San Juan, Puerto Rico, et Caracas, Venezuela
Critique d’art, commissaire de la Berezdivin Collection et directrice de l’Espace 1414 à San Juan (Puerto Rico), Julieta Gonzalez co-organise entre autres “Insite San Diego” à Tijuana en 2005 et la première Biennale de Prague en 2003.

 

 

«Particle Projection (Loop)» prend comme point de départ deux «clichés» de la culture
belge, un édifice des années 1950 et un artiste: Marcel Broodthaers. Cette oeuvre commandée à l’occasion de la transformation d’une brasserie abandonnée en centre d’art (le Wiels, à Bruxelles, ouvert en 2007) s’approprie ces deux phénomènes et les utilise comme une matière première.
En 1957, l’artiste belge Marcel Broodthaers travaille comme ouvrier sur le chantier de l’Atomium. Conçu par André Waterkeyn en 1958 pour l’Exposition internationale à
Bruxelles, le bâtiment est une représentation schématique d’une molécule de fer à
l’échelle atomique. Broodthaers documente la fabrication du pavillon à travers une série de photos qui seront plus tard publiées dans le journal «Le Patriote Illustré». Près de 50 ans plus tard, l’Atomium est restauré et sa coque en aluminium corrodé est remplacée par un ensemble étincelant de nouveaux panneaux triangulaires.
Au cours de cette restauration, une série de photographies en noir et blanc qui imitent directement celles de Broodthaers sont réalisées à ma demande par l’artiste belge Benoît Platéus. En superposant le moment du projet architectural original sur celui de sa rénovation, en retournant dans le temps, ces nouvelles images jettent une ombre sur les images qui les ont précédées dans les années 50.
De l’autre côté de la ville, une élégante brasserie industrielle en béton est en cours de rénovation. Construit en 1931 pour Wielmans-Ceuppens, l’immeuble fut conçu par l’architecte moderniste belge Adrien Blomme. Cet édifice fut pensé de l’intérieur vers l’extérieur. Ancienne pièce maîtresse de la brasserie, la salle des cuves renvoyait aux passants l’image d’une production industrielle parfaitement propre et ordonnée. La nuit, l’intérieur, baigné de lumière, créait une sorte d’image en négatif du bâtiment; l’extérieur en béton et métal se dissolvant dans la nuit environnante, comme le montrent clairement les photographies d’époque de Willy Kessels. Dans un laboratoire berlinois, le négatif d’une des photographies qui documentent la rénovation de l’Atomium a été débarrassé de sa couche de gel, dévoilant ainsi des particules d’argent qui contiennent l’image de l’Atomium, leur grand frère schématique. Sous un microscope électronique, ces fragments d’image qui ressemblent à des éponges révèlent leur véritable et fantomatique complexité. Les images vues au microscope électronique font surgir une architecture tout à fait différente: des structures infiniment variables et labyrinthiques. Reconstituée sur pellicule, maintenue dans un champ de minuscules particules d’argent, immensément agrandie, puis replacée dans le système d’où elle vient.
Simon Starling, mars 2007

 

«One Ton, II» est structuré comme un système fermé sur lui-même et, comme les autres
oeuvres de Simon Starling, est le résultat d’un voyage prolongé. « One Ton, II » se situe dans la continuité d’une série conduites sur les origines de matériaux et objets particuliers. L’oeuvre aspire à une logique à la fois scientifique et rigide – le nombre et la taille des tirages ici exposés sont en effet déterminés directement par la quantité de métal de la famille du platine tirée d’une tonne de minerai produite par la mine à ciel ouvert de Potgieterus, en Afrique du Sud, celle-là même qu’on peut contempler sur les images. Ces métaux sont extrêmement dilués dans le minerai et demandent une énergie énorme pour produire d’infimes quantités de métal: 10 tonnes de minerai sont nécessaires pour produire 28,3 grammes de platine. La surface cristalline de ces tirages faits main mime ainsi la grandeur brutale du projet industriel qui permet leur production: la très grande échelle de la mine est ainsi mise en relation avec la structure délicate du processus de tirage à l’ancienne utilisé pour produire ces cinq images.
Simon Starling