"TROUBLES JEUX"

 

Fondation Bullukian / 18 septembre 2007

Banquet conçu et animé par Elie DURING, philosophe, professeur à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts de Lyon et à l'Ecole d'art d'Annecy.

Avec:
Laurent JEANPIERRE
(maître de conférences en sciences politiques à l’IEP de Strasbourg);
Christophe KIHM
(critique d’art, rédacteur en chef d’art press);
Patrice MANIGLIER
(philosophe, Ecole normale supérieure et Ecole des Beaux-Arts de Montpellier);
Joseph MOUTON
(écrivain, professeur d’esthétique à la Villa Arson).

En présence de tous les "joueurs" de la Biennale.

Quelle place, quel sens, faut-il accorder au paradigme du jeu et à la figure du joueur dans l'art contemporain, celui de la décennie en cours en particulier? Et à quoi bon tant de peine, si le Jeu s’avère une catégorie aussi épaisse que celle du Spectacle?
On soupçonne la posture ludique d'être une manière d'éluder les enjeux d'un art critique, et de perpétuer ainsi le consensus où chacun, finalement, trouve sa place: le tricheur-trickster qui fait passer son cynisme pour un naturel joueur, comme le trouble-fête qui ne dérange plus personne…
On a raison de se méfier: le jeu, comme symbole du monde de l’art, rend peut-être trop de services à la fois. Et si tous s'accordent, soit à jouer le jeu, soit à en dénoncer le dispositif, c’est encore le Jeu qui gagne, avant même que la partie n’ait commencé.
Mais de quel genre de jeu veut-on parler, en vérité? Quelle part y tiennent la compétition, le hasard, le simulacre, le vertige, pour reprendre les catégories de Caillois? Quelle idée de la règle, de la contrainte, de la limite, parvient à s'y formuler? Jeu coopératif ou jeu à somme nulle? Jeu d’échecs ou jeu de go? “Grand Jeu” ou bricolage? Jeu d’adresse? Jeu de massacre? A la fin, il faut choisir, et faire ses jeux.
On imagine, dans un agréable jardin, une sorte de joute verbale où chacun risquerait ses “coups”: un banquet, au sens platonicien. Dans les marges du jeu de l'oie expérimental de la Biennale, les convives (cinq penseurs et acteurs directs ou indirects du champ de l’art, mais aussi tous les “joueurs” présents pour l’occasion) prendraient nos questions au rebond ou en inventeraient d'autres, pour déjouer l’emprise un peu trouble de la métaphore ludique, pour y introduire, justement, un peu de jeu.

Elie During